Kaci Ait Yala, président de FCE International et de la CACI-France : «L’Algérie vit une période de transition vers une restructuration économique»

Kaci Ait Yala, président de FCE International et de la CACI-France : «L’Algérie vit une période de transition vers une restructuration économique»

08:56 31 août in Actualité, Presse

Le portail www.reporters.dz interview Mr Kaci Ait Yala.


 

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Président du FCE International et de la CACI-France, Kaci Aït Yala, ingénieur en électronique de formation, est un homme qui a réussi dans les affaires. Il débute sa carrière en qualité de responsable R&D dans un grand groupe européen avant de créer le Groupe K&S, qui comprend plusieurs sociétés en Europe et en Algérie, dont la première entreprise à avoir affiché une image de télévision sur un écran plat. Il a également été le premier Algérien à introduire sa société en Bourse sur le marché réglementé d’Euronext Paris. Très actif, en France et en Algérie, Kaci Aït Yala suit de près l’actualité économique du pays.

Reporters : Le nombre de création d’entreprises en Algérie a augmenté de 5,4% au premier semestre de 2016 par rapport à la même période en 2015. Quelle est votre appréciation sur cette progression ?

Kaci Ait Yala : Cette progression était pré- vue au vu du dispositif d’encouragement à la création d’entreprises mis en place par le gouvernement. Ce résultat peut être expliqué par les investissements structurels engagés par l’Algérie, la mise en conformité fiscale volontaire, le nouveau code d’investissement, la mise en place de la stratégie «Nouvelle économie» lors de la dernière tripartite, le lancement de l’emprunt national, etc. Il faut s’attendre à une progression exponentielle dans les mois à venir du fait de la politique d’encouragement et de la nécessité pour l’Algérie d’affirmer la relance économique hors hydrocarbures. Le nouveau code des investissements devra encore aider à implanter de nouveaux projets en Algérie. Il apporte des avantages communs pour l’ensemble des investissements éligibles, des avantages supplémentaires pour les investissements relevant des secteurs de l’industrie, de l’agriculture et du tourisme, des avantages exceptionnels pour les projets d’intérêt particulier à l’économie nationale.

Selon les chiffres publiés par le Centre national du registre du commerce, l’activité des services se place en pole position des secteurs qui attirent plus d’investisseurs. Comment analysez-vous cet intérêt pour les services au détriment de la production?

C’est une tendance mondiale en ce qui concerne les pays développés. Les pays développés, et ce, grâce ou à cause du numérique, ont créé un fossé en abandonnant la production. Les charges et généralement le coût du travail sont de plus en plus contraignants pour les secteurs productifs. Il faut que notre pays en profite. L’Algérie doit se positionner sur les secteurs de production : énergie, mécanique, agriculture, agro-alimentaire, tourisme, etc. Nous avons besoin de stabiliser notre main-d’œuvre et aller chercher la valeur ajoutée grâce à nos atouts, la main-d’œuvre, la formation et l’énergie.

Toujours selon le CNRC, les opérateurs français sont de plus en plus nombreux à venir s’installer en Algérie. Selon vous, cette tendance va-t-elle persister, en dépit de la crise financière en Algérie ?

Regardons le verre à moitié plein, l’Algérie est sortie de la zone de turbulences et vit une période de transition vers une économie de marché, une restructuration économique capable de préparer notre pays à l’après-pétrole. Nous nous inscrivons dans une perspective d’accompagnement de toute démarche structurante et avons mis en place des commissions d’experts à cet effet. Il n’y a pas de crise en Algérie. L’Algérie est un modèle d’attractivité. Nous sommes un pays sécurisé de la région qui dispose des atouts qu’on ne trouve nulle part. La dette extérieure de l’Algérie est quasi nulle, avec une réserve financière supérieure à 100 milliards de dollars. Le volume d’investissement en infrastructure et en projets structurants est presque de 1 000 milliards de dollars. Je citerai que le Plan quinquennal 2014-2019, qui comporte un important volet investissement public, a été doté d’un montant de 286 milliards de dollars. Le parachèvement des grands projets notamment dans les secteurs des transports (rail, routes), de l’eau et de l’énergie d’un montant d’environ 130 milliards de dollars. L’engagement de projets nouveaux pour un montant de 156 milliards de dollars dans le secteur des infrastructures, eau, transport, énergie, technologies de l’information et des communications, etc. Il est prévu également plus de 90 milliards de dollars aux investissements dans le secteur des infrastructures. L’Algérie dispose d’autres avantages. Nous avons un potentiel énergétique inégalable, une main-d’œuvre extrêmement compétitive, une population socialement soutenue par une politique gouvernementale (santé, culture, logement, transport, instruction et formation professionnelle, etc.), une jeunesse avec un taux de scolarité élevé. Nous avons également un grand territoire qui fait presque cinq fois la France.

Vous affichez un optimisme remarquable pour l’avenir des affaires en Algérie. A cet effet, quel est le rôle que peuvent jouer le FCE International et la CACI France que vous dirigez pour attirer les capitaux étrangers en Algérie ?

L’entreprise Algérie a des atouts considérables pour son développement. Pour l’appoint en devises, le FCE International et la CACI France, par leur positionnement, par la qualité de leurs membres et par leur implantation de proximité, œuvreront sans relâche pour canaliser la manne financière et le savoir de notre diaspora en direction du pays. Lors de la dernière tripartite, la stratégie d’une «Nouvelle économie» élaborée par les pouvoirs publics et les actions visant à dynamiser la croissance et l’investissement hors hydrocarbures ont fait l’objet d’un large consensus. Notre diaspora est mobilisée dans l’effort de relance économique tel que décidé par la dernière tripartite et nous engage à la réussite de ce challenge. Les membres du FCE nous ont ouvert la voie avec la réussite d’une levée pour l’emprunt national de plus de 1,5 milliard de dollars en une soirée. Une performance magnifique !

Beaucoup d’observateurs estiment que les relations économiques entre l’Algérie et la France n’ont pas produit les effets attendus pour stimuler l’investissement. Pourquoi, selon vous ?

A propos des relations entre la France et l’Algérie, elles ne peuvent pas être quelconques, la présence de notre diaspora, notre histoire commune, les positions géostratégiques des deux pays, les problèmes sécuritaires et les investissements engagés font que ces relations ne peuvent qu’aller de l’avant. A ce jour, 500 entreprises françaises se sont implantées en Algérie et ont généré plus de 140 000 emplois directs et indirects. Les flux d’investissements français vers l’Algérie sont systématiquement supérieurs à 200 millions d’euros par an depuis 2008. Ces flux font aujourd’hui de la France le premier investisseur hors hydrocarbures en Algérie. Les investissements français couvrent ainsi la quasi-totalité des secteurs d’activités algériens et concourent directement à la diversification de l’économie du pays. Ils concernent en particulier le secteur financier, l’industrie automobile, les transports, les industries alimentaires, l’industrie pharmaceutique, la construction, le secteur de l’extraction minière et de la formation. Notre diaspora manifeste en permanence son intérêt pour le pays. Elle représente un potentiel touristique de plus de 5 millions de touristes/an, une cible de consommation des produits algériens à l’instar des autres diasporas (chinoise, turque et marocaine…), elle peut être génératrice d’épargne en devises et d’investissement (IDE) en projets dans divers domaines.

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